To be radical is to grasp the root of the matter. But, for man, the root is man himself.

La science de l’utopie

Le socialisme sans marché comme utopie rationnelle saisie à partir d’une théorie monétaire de la valeur

L’analyse des processus à l’œuvre dans le mode de production capitaliste en vue d’en réaliser une critique qui ne soit pas d’ordre morale et qui soit fondée scientifiquement a été inaugurée par la critique de l’économie politique de Marx. Dans son analyse du capitalisme « dans sa moyenne idéale », Marx identifie un ensemble de phénomènes dérivant de la « loi de la valeur » ainsi que la nécessité qu’il y a d’abolir ce mode de production. Engager une réflexion sur l’abolition de l’exploitation 1 implique donc, de ce point de vue, de définir ce que pourrait être un organisme 2 social de la production en l’absence de loi de la valeur.

Les débats relatifs à la nature du socialisme et son rapport à la loi de la valeur qui sont apparus au cours de l’histoire de la pensée économique n’ont pas identifié l’importance qu’avait la critique marxienne du marché pour saisir les enjeux auxquels fait face une réorganisation fondamentale de la production. C’est seulement après que l’exégèse du corpus marxien a pu parvenir à une définition plus précise de la nature du geste que Marx opère par rapport à la critique de l’économie politique qu’il a été possible d’identifier qu’une de ses caractéristiques est d’être une théorie monétaire de la valeur. Une des implications de cette théorie est de conférer un statut spécifique à la monnaie qui était alors jusque-là insoupçonné, ce qui met au centre de l’analyse marxienne du capitalisme le lien logique entretenu entre échange marchand et exploitation. Du point de vue de la négation possible du marché dans une société, ceci permet d’élaborer une notion de marché plus affinée, conçu comme ensemble complexe de phénomènes et de mécanismes.

Cependant, les réflexions menées par les interprétations qui ont identifié ce noyau monétaire de la critique marxienne n’avancent que les premiers éléments de définition d’une société sans marché. Ceci provient notamment d’une méthodologie de recherche propre à Marx qui adopte une position critique vis-à-vis des projets utopiques et des « bâtisseurs de systèmes ». Afin d’avancer vers une réflexion posant les jalons du socialisme sans marché, il sera donc nécessaire de retracer l’évolution de la critique de l’utopisme par Marx. Dans cette perspective, les interprétations portées par Maximilien Rubel sur « l’utopie rationnelle » de Marx pourront être poursuivies et alimentées par le matériau réuni lors de la réflexion sur les implications qu’a le caractère monétaire de la théorie marxienne de la valeur sur la notion de marché.

Méthode

Les phrases énoncées ci-dessus vont être explicitées dans la suite du texte. Ce travail a vocation à s’inscrire dans le champ de la philosophie sociale et de l’histoire de la pensée économique. Alors que le champ des sciences économiques a relégué l’étude de Marx à n’être au mieux qu’un chapitre de l’histoire de la pensée économique, le champ de la philosophie sociale champ connaît aujourd’hui une division profonde dans les usages du corpus marxien. Depuis les années 1970, après la publication des Manuscrits de 1844 notamment, la construction d’une réaction à son usage économiciste déterministe à des fins de justification de la planification étatiste de la production s’est traduite par ce qui a été appelé le « marxisme occidental » par Perry Anderson, une philosophie sociale partant des réflexions philosophiques du jeune Marx encore imprégnées par Feuerbach et Hegel. Dans son sillon, les travaux de ce qu’on a appelé l’École de Francfort se sont inscrits dans une certaine continuité de réflexion par rapport à la notion d’aliénation et des formes contemporaines de subjectivation. Les recherches consacrées en philosophie aux analyses économiques de Marx s’attachent actuellement au fétichisme de la marchandise, ou à la notion de dialectique, et les recherches philologiques sur des termes comme celui de « nature », ou encore d’État 3. Ainsi, en philosophie sociale, l’étude plus spécifique des œuvres économiques de maturité a été reléguée aux oubliettes. D’un autre côté, c’est l’étude sociologique des classes qui a pris le dessus en sciences sociales, laissant alors bien peu de place à la philosophie à proprement parler ou à l’économie.

D’une certaine manière il s’agit de réaliser une discussion entre deux corpus qui s’ignorent : celui à l’origine et constitutif de ce que l’on appelle la Nouvelle lecture de Marx en Allemagne, et celui de Maximilien Rubel en France. Il existe cependant encore d’autres réflexions fines sur la question utopique chez Marx. Nous utiliserons donc les rares études qui se sont véritablement attelées à poursuivre la geste marxienne de « l’utopie rationnelle », ligne de crête bien trop fine et minée par des discours à visée apologétique de l’expérience du capitalisme d’État de la Russie soviétique ou de la République populaire de Chine. Parmi celles-ci nous nous limiterons donc à celles qui ont pour préalable d’avoir identifié la nature capitaliste des Etats soviétiques et chinois. La contribution de Maximilien Rubel occupera par conséquent une place particulière, dont il s’agira d’identifier les limites et les tensions avec les contributions sur la critique de l’économie politique dans les milieux anglophones et germanophones.

Nous limiterons donc notre champ de recherche en terme de littérature économique aux ouvrages du corpus marxien et à ceux issus de l’histoire du mouvement ouvrier, en rétablissant un dialogue rompu avec la réflexion contemporaine sur les alternatives au capitalisme. Cependant, nous ne manquerons cependant pas de nous inscrire dans les débats plus vastes étant apparus dans l’économie dite « néoclassique » pour autant que celle-ci construit sa réflexion à partir d’une notion de marché, ses fonctions et mécanismes dont les présupposés sont remis en question par une théorie monétaire de la valeur.

Socialisme et marché : des débats dans et au-delà du marxisme

Les débats relatifs à la nature du socialisme et son rapport à la loi de la valeur qui sont apparus au cours de l’histoire de la pensée économique n’ont pas identifié l’importance qu’avait la critique marxienne du marché pour saisir les enjeux auxquels fait face une réorganisation fondamentale de la production.

Il existe un ensemble de débats qui touchent plus ou moins directement au lien entre monnaie, marché, Etat et société non-capitaliste. On compte parmi ces débats ceux qui ont émergé dans les années 1920-1930 appelés « calculation debate ». La deuxième vague de débats a eu lieu dans les années 1960, lorsque les idées de socialisme de marché ont gagné un soutien important en Europe de l’Est et en Union soviétique, et ont été mises en œuvre dans un certain nombre de pays, en particulier en Yougoslavie. Plus récemment, la question a été posée à nouveau à l’aune du développement de technologies qui semblent pouvoir répondre à certaines problématiques soulevées par ces débats. Ces approches se déplacent dans des cadres spécifiques qu’il s’agit ici d’esquisser brièvement.

Le premier grand débat sur la relation entre le socialisme et le marché a été initié par Ludwig von Mises (1920), qui affirmait que sans propriété privée, les échanges sur le marché ne pouvaient avoir lieu et que, sans eux, il n’y aurait plus d’évaluation rationnelle, ce qui entraînerait le chaos économique. Ce débat apparaît dans le contexte historique de l’établissement du pouvoir soviétique en Russie en 1917 et l’évolution de l’État soviétique et du parti communiste après la mort de Lénine en 1924.

Dans le champ « marxiste », le socialisme a assez rapidement été conçu, dans la continuité en réalité des réflexions menées par Engels, comme étatisation des moyens de production. L’idée sous-jacente est que cette « première phase » mènerait « automatiquement » au déperissement de l’État. Pour autant, la forme concrète que prendraient les rapports de production et de distribution par la suite restait un point aveugle. Précédemment, dans la social-démocratie allemande, Karl Kautsky affirmait que la monnaie pouvait être maintenue dans le système socialiste, estimant que c’est la propension dans le capitalisme que la monnaie a de devenir du capital qui pose problème, et qu’ainsi, la différence fondamentale entre les deux organismes de production n’est pas celle de l’existence de monnaie ou non 4. Les réflexions de Roubine par exemple ont posé de manière radicale car du point de vue des implications de la loi de la valeur, la question de la nature de l’État russe 5.

Les discussions initiées par von Mises prirent la forme d’un débat sur le calcul économique (appelé le « calculation debate »). Il a déplacé l’attention de nombreux socialistes du terrain politico-éthique vers le domaine de l’économie. La question principale du débat était de savoir s’il était possible et souhaitable de remplacer le mécanisme du marché par la planification centrale en tant que principal mode d’organisation économique de la société socialiste. Si ceux qui ont participé au débat se sont concentrés sur les avantages ou les inconvénients économiques du recours à la planification centrale plutôt qu’au marché, ils n’ont accordé que très peu d’attention au caractère et aux objectifs de la société socialiste émergente, ou s’ils l’ont fait, c’est qu’ils différaient fortement de la théorie de Marx.

On peut dans l’ensemble distinguer trois grandes approches qui comportent chacune des limites que nous proposons d’analyser de manière critique :

L’approche équilibriste

Cette approche consiste à poser que le marché peut atteindre un équilibre et qu’il serait ainsi en mesure de remplir idéalement ses fonctions de coordinations entre besoins et production.

L’approche du fédéralisme autonomiste

Selon cette approche, la transition vers une société socialiste peut se faire en généralisant les coopératives de production tout en laissant subsister la catégorie « monnaie ». L’échange n’étant alors pas aboli, les risques dérivant de la production de marchandises ne sont pas évincés et tendent nécessairement à nouveau à se généraliser.

L’approche de la planification numérique

L’actuel essor des technologie de calcul et de quantification en temps réel des besoins et des volumes de production a ravivé le calculation debate. La « coordination cybernétique » défendue par certains auteurs, comme Paul Cockshott, Allin Cottrell, et Andy Pollack émerge notamment en réponse à des modèles d’« économies participatives. Cette approche propose de résoudre les problèmes liés à la coordination entre besoins et production par le biais de l’utilisation des technologies de l’informations qui permettent de recueillir et mettre en lien de manière quasi-instantannée des données relatives à la production et à la consommation. Pourtant, il n’est, à notre connaissance, pas fait mention des ambivalences de la notion de marché chez Marx dans ces approches.

Dans l’ensemble on a pu voir surgir depuis les années 1980 une réflexion sur le socialisme qui problématise plus spécifiquement la question du marché 6. Ce renouveau de l’interrogation de la forme d’organisation alternative à la production marchande capitaliste selon ce prisme doit être interrogé dans son rapport à la critique de l’économie politique de Marx dans la mesure où dans celle-ci les catégories s’articulent de manière nécessaire : la forme-marchandise implique nécessairement la forme-valeur, et donc la forme-monnaie, et enfin le capital 7.

On trouve des réflexions contemporaines sur le marché, comme celle de Fikret Adaman et Pat Devine qui se focalisent notamment sur une de ses fonctions, celle d’investissement. Le « calcution debate » ouvert par l’école autrichienne autour de Ludwig von Mises et Friedrich Hayek thématise notamment la fonction de la loi de la valeur dans le socialisme et en particulier la place que prendrait la monnaie et les marchés dans une société socialiste. Dans ce débat, Otto Neurath défendra notamment la position selon laquelle la monnaie ne peut pas subsister dans le socialisme puisque les mesures par la monnaie ne permettaient pas d’obtenir des informations adéquates sur le bien-être matériel des consommateurs ou ne tenaient pas compte de tous les coûts et avantages liés à l’exécution d’une action particulière. Il soutenait ainsi qu’il serait inadéquat de s’appuyer sur une seule unité, qu’il s’agisse d’heures de travail ou de kilowattheures, et que la demande et les calculs devaient être effectués à l’aide des unités naturelles pertinentes, c’est-à-dire les kilowatts, les tonnes, les mètres, etc 8.

On voit que les débats ont pour présupposé que le socialisme, s’il est conçu comme abolition du marché, doit être conçu comme planification par l’État des rapports entre travail, production, distribution et besoins. Or il apparaît que cette planification repose sur une compréhension extrêmement restreinte de ce qu’est le marché (comme seul mécanisme de répartition), et ne se propose donc de suppléer que certains de ses aspects.

La découverte de la révolution scientifique de Marx et de ses ambivalences

Il a été possible d’identifier qu’une des caractéristiques du geste marxien de critique de l’économie politique est d’être une théorie monétaire de la valeur seulement après que certaines parties du corpus aient pu être disponibles et mis en lien de manière critique.

Pendant longtemps sommées de se positionner directement ou indirectement par rapport aux interprétations léninistes ou anti-léninistes de Marx, les contributions sur son œuvre se virent contraintes de répondre à des enjeux politiques immédiats qui les ont façonnées. Naquit ainsi la nécessité de fonder la politique soviétique par un mycellanée de citations issues du corpus de Marx et Engels, ou encore de servir la construction d’un discours sur l’unité de classe, pour des raisons stratégiques. Pour désigner cet ensemble disparate, la catégorie de « marxisme traditionnel » ou « idéologique » a été forgée, notamment pour opérer la distinction avec le « marxisme occidental » qui voit le jour en Europe de l’Ouest avec l’émergence de commentaires de l’œuvre du jeune Marx permettant de mettre en avant une dimension philosophique et moins « économique » de Marx. C’est en tout cas premièrement l’accès aux manuscrits qui a permis de contribuer à affiner la compréhension des thèses de Marx et de rompre l’unité artificielle doctrinale qui en avait été extraite.

Le champ de l’analyse de l’évolution de la pensée de Marx a connu différentes phases. Les nouvelles tentatives de reconstruction du développement théorique de Marx ont mis en avant des lignes de fracture et de ruptures plus subtiles que celles proposées traditionnellement dans le marxisme 9. Si l’on examine l’œuvre de Marx dans sa relation à l’héritage théorique du champ de l’économie politique avec lequel il rompt, mais aussi à partir de la formation de cette rupture dans son œuvre elle-même, alors on peut acquérir un étalon permettant d’identifier la nature du nouveau discours de Marx. Cet étalon permet de distinguer le nouveau champ théorique ouvert par Marx de ce qu’il reste du discours de la théorie classique qu’il a cherché à dépasser. Il apparaît ainsi que le discours marxien opère une révolution scientifique à l’égard du champ théorique de l’économie politique qui n’est pas toujours achevée par Marx. Différentes problématiques peuvent être rapportées à un champ théorique sur lequel elles reposent ; ce champ est lui-même constitué d’une série de suppositions qui ne sont pas explicitées la plupart du temps, mais qui sont considérées comme des évidences. Marx n’identifie pas explicitement les quatre dimensions de la critique, si bien qu’il subsiste d’importantes ambivalences dans son discours.

Le nouveau champ théorique que Marx ouvre avec sa critique de l’économie politique remet en question quatre dimensions qui constituent les coordonnées du champ théorique de l’économie politique classique 10. Pour commencer, l’anthropologisme consiste à supposer une certaine « essence de l’homme ». Si le contenu de la détermination de cette essence varie chez les auteurs, il se trouve toujours derrière cette essence le possesseur de marchandises, qu’il soit producteur, comme dans l’économie classique ou consommateur, comme dans le marginalisme. L’individualisme consiste à concevoir la société comme étant immédiatement constituée d’individus isolés et atomisés qui portent en eux « l’essence humaine ». Tout problème relatif à la société dans son ensemble doit pouvoir donc être résolu en ayant recours à ces individus et le corps social peut être reconstruit à partir d’individus isolés et étrangers les uns aux autres. L’anhistorisme est une conséquence de l’anthropologisme et de l’individualisme. Si la société est immédiatement constituée d’individus et que ces individus sont déterminés par leur essence anthropologique. Il s’ensuit alors qu’une forme spécifique de socialisation peut simplement correspondre ou non à cette essence, qu’il peut alors y avoir seulement des formes « naturelles » et « non-naturelles » de la société. L’empirisme consiste à considérer que la réalité se montre telle qu’elle est. Aussi bien l’essence humaine que la forme de socialisation qui a été constituée par cette essence ne sont aucunement cachées. L’intuition d’un tel objet réel transparent fournit toute connaissance.

D’un point de vue du contenu et plus seulement des coordonnées des présuppositions sous-jacentes au geste scientifique, ce sont bien des problèmes spécifiques qui ont été inaccessibles à l’économie politique classique. En partie déjà dans les Grundrisse, mais avant tout dans les Théories sur la plus-value, Marx était parvenu à la conclusion que l’économie politique classique avait échoué à résoudre trois problèmes centraux :

1. Elle n’aurait pas saisi le lien entre valeur et monnaie. Ceci vaut selon lui aussi pour les économistes dont la contribution s’inscrit dans le cadre de la théorie de la valeur-travail. Marx leur concédait certes d’avoir saisi le contenu de la valeur, mais pas la forme-valeur et par conséquent, pas non plus la forme-monnaie.

2. De ne pas être parvenu à expliquer l’échange entre capital et travail sur la base de l’échange d’équivalents.

3. La différence n’est pas faite entre valeur et prix de production, l’articulation entre la valeur déterminée par le temps de travail et l’existence d’un profit moyen n’a pas été trouvée.

Afin de répondre aux deux premiers problèmes que l’économie politique classique n’est pas parvenue à résoudre, Marx adopte une compréhension non « substantialiste » de la valeur. Un approche « substantialiste » saisit la valeur comme la propriété d’une marchandise individuelle. La grandeur de valeur serait alors aussi une propriété de la marchandise individuelle et elle serait uniquement déterminée, indépendamment de l’échange, par la quantité de temps de travail socialement nécessaire dépensée lors de la production de la marchandise. L’objectivité de valeur ne se trouve donc pas dans la marchandise individuelle. C’est seulement dans l’échange que la valeur acquiert une forme-valeur objective, ce qui explique l’importance de « l’analyse de la forme-valeur » pour la théorie marxienne de la valeur 11, mais confère alors au marché une place singulière. En effet, une théorie monétaire de la valeur pose le lien entre valeur, plus-value et monnaie comme étant nécessaire indépendamment de l’expérience, suivant une logique propre à la nature marchande de la production. Le fait que cette analyse de la forme-valeur confère un caractère monétaire à la théorie marxienne de la valeur a été mis en avant par Hans-Georg Backhaus Helmut Reichelt dans les années 1970, initiant ainsi ce qui a été appelé la Nouvelle lecture de Marx 12.

La critique du marché par Marx : un développement ambivalent

« Production marchande », « marchandise », « caractère fétiche de la marchandise », et enfin « marché mondial », voici des termes récurrents dans la critique de l’économie politique de Marx dans le Capital. Pourtant, cette analyse du capitalisme est le résultat des recherches économiques de Marx depuis les années 1840 13. Ainsi les quatre dimensions de la révolution scientifique opérée par Marx sont intriquées à la notion de marché : Marx passe d’une critique utilisant la concurrence pour expliquer l’ensemble des rapports sociaux, pour ensuite critiquer la déshistoricisation que Proudhon en fait. Il critique l’anthropologisme de Smith et Ricardo, par leur tendance à relier le marché à la nature humaine (comme le « penchant naturel à l’échange »), et leur individualisme par la manière dont ils utilisent l’échange singulier sur le marché pour déduire l’ensemble de la structure de la société. Enfin, le caractère empiriste de la démarche marxienne s’exprime en particulier par le fait de comprendre la concurrence comme un moyen d’avoir accès aux lois internes du capitalisme.

— Dans les années 1840, Marx saisit le marché en tant que « concurrence » et estime que ce concept permet de tout expliquer. Se concentrant avant tout sur les processus du marché, Marx voit dans la concurrence le mécanisme décisif permettant d’expliquer les phénomènes les plus variés. Ainsi, dans Travail salarié et capital (1849), il ramène le mouvement du salaire, ainsi que le développement des forces productives, à la concurrence. Il condamne l’anhistorisme de l’approche proudhonienne de la concurrence 14. Pourtant il se situe alors à un niveau d’analyse qui reste, comme il le dira plus tard, à la circulation simple, à « ce qui apparaît […] comme donné immédiat à la surface de la société bourgeoise » 15.

— Dans les Manuscrits de 1857-1858 (Grundrisse) il apparaît une conception complètement nouvelle de la concurrence, elle devient la « forme phénoménale » que prennent les lois économiques 16. Alors que Ricardo ne fait que supposer la concurrence illimitée pour étudier les lois du capital, qu’elle apparaît chez lui seulement comme une pure hypothèse du théoricien 17, Marx se donne ici pour tâche de fournir une justification à la concurrence elle-même en tant qu’elle est une forme phénoménale des lois du capital. Avec cette critique, Marx touche le cœur de la philosophie morale et de l’économie politique bourgeoises libérales, telles qu’elles trouvent leur expression classique dans la fable des abeilles de Mandeville et dans la « main invisible » de Smith.

Marx s’oppose alors explicitement à l’explication des lois générales à partir de la concurrence 18. En parvenant à la connaissance qu’avec le mouvement réel des capitaux singuliers les lois de la nature interne du capital ne font que se réaliser, Marx a réussi à dépasser le niveau de ses analyses des années 1840 qui étaient alors concentrées sur le marché. Son problème principal consiste alors à saisir cette conception par des catégories adéquates, ce qu’il tentera de faire avec le Capital. Si l’on peut considérer qu’il a dépassé le niveau d’analyse cantonné à la circulation simple des années 1840, il subsiste néanmoins manifestement un certain empirisme, dans la mesure où l’accès aux lois internes du capital est possible parce que la concurrence les rend manifestes.

Nature et fonctions du marché dans le livre I du Capital :

Dans le Capital, le concept de marché est omniprésent et fondamental. Dans les trois premiers chapitres du Capital Marx analyse la « circulation simple ». Il entend par ce terme la circulation des marchandises et de la monnaie comme la forme de circulation dominant l’économie dans son ensemble, mais il l’analyse d’une manière particulière : en faisant abstraction du capital. Cette abstraction révèle un aspect particulier de la réalité dans le mode de production capitaliste : la circulation simple est « ce qui apparaît donc comme donné immédiat à la surface de la société bourgeoise » 19, la véritable économie paraît ainsi n’être rien d’autre qu’un ensemble d’actes d’achat et de vente. C’est dans cette illusion que Marx était encore pris dans ses analyses dans les années 1840 et qu’il déplore ensuite chez les économistes. On peut distinguer les aspects suivants dans cette analyse mûre du marché chez Marx dans le livre I du Capital :

— Un rapport de validation faisant des produits des marchandises et du travail concret du travail abstrait : sur le marché sont mis en relation des produits du travail qui vont pouvoir exprimer leur valeur. Les marchandises sont des « valeurs » en tant qu’elles sont des « cristallisations » 20 du travail abstrait. Les « travaux concrets » sont qualitativement différents les uns des autres et ils produisent des valeurs d’usage qualitativement différentes. Tout travail dont le produit (qui peut aussi être un service) est échangé, produit de la valeur. Comme les marchandises sont, en tant que valeur, qualitativement identiques, il faut que les différents types de travail qui produisent de la valeur, quelles que soient leurs différences qualitatives concrètes, valent eux aussi comme du travail humain qualitativement identique. Le travail abstrait est un rapport de validation sociale qui a lieu dans l’échange 21. Lors de cet acte, le travail concret effectué acquiert le statut d’un travail produisant une quantité déterminée de valeur, et ainsi il est reconnu comme étant une partie du travail social global.

— Une médiation sociale omnilatérale dans le mode de production capitaliste : le marché est le lieu de l’échange, et donc d’expression de la valeur des marchandises. Il met ainsi en rapport toutes les marchandises, et ainsi tous les travaux différents. La valeur est quelque chose de purement social, elle exprime une validité identique de deux travaux complètement différents, et donc un rapport social déterminé. Ce rapport social reçoit dans la forme-équivalent l’aspect d’une chose. L’objectivité de valeur n’est pas une propriété de la marchandise singulière, mais une caractéristique sociale parce qu’elle exprime le rapport de la marchandise singulière (ou du travail individuel qui l’a produite) à l’ensemble du monde des marchandises (ou à l’ensemble du travail social).

— Un processus d’abstraction réelle : pendant l’acte d’échange, il est fait abstraction de la valeur d’usage, les marchandises se font face en tant que valeurs (l’acheteur particulier n’achète que parce qu’il est intéressé par cette valeur d’usage, il peut aussi s’abstenir d’échanger s’il ne veut pas de cette valeur d’usage ; cependant si l’échange a lieu, alors les marchandises se font face en tant que valeurs). Seulement, en réduisant les marchandises à des valeurs qui se font face, on fait réellement abstraction des spécificités du travail qui les a produites : ce travail ne vaut alors plus que comme travail producteur de valeur, comme travail « abstrait ». C’est l’échange lui-même qui réalise l’abstraction qui sous-tend le concept de travail abstrait.

— Un processus d’égalisation des temps de travail dépensés : le marché permet de réduire le temps de travail dépensé individuellement au temps de travail social nécessaire. Le niveau moyen de productivité ne dépend pas des producteurs particuliers, mais de l’ensemble des producteurs d’une valeur d’usage. Cette moyenne varie constamment et elle ne devient véritablement visible que dans l’échange ; le producteur singulier apprend alors dans quelle mesure le temps de travail qu’il a dépensé individuellement correspond au temps de travail socialement nécessaire. Il dépend de deux grandeurs distinctes : le temps de travail socialement nécessaire déterminé par les conditions de production et le temps de travail nécessaire pour couvrir le besoin (solvable). Les producteurs ne connaissent aucune de ces grandeurs à l’avance. C’est seulement sur le marché, par la médiation de la grandeur de valeur de la marchandise qu’il a produite, que le producteur isolé apprend si ses conditions de production correspondent à la moyenne de la société et si l’ensemble de la branche a fabriqué trop de produits.

— Un mécanisme de fixation du rapport quantitatif entre les divers travaux concrets : le marché fixe le rapport quantitatif entretenu entre le travail « simple » et « complexe ». « Le travail moyen simple » est la « dépense de la force de travail simple que tout homme ordinaire possède en moyenne » 22. Ce qui est considéré comme la qualification simple de la force de travail est variable selon les pays et les époques (selon qu’on y intègre lire, écrire ou bien avoir des compétences informatiques par exemple), mais fixé dans un pays donné à un temps t. Les forces de travail qui sont plus qualifiées effectuent un travail appelé « complexe », on le considère comme produisant plus de valeur que le travail simple. À nouveau, c’est seulement l’échange qui rend visible le rapport quantitatif entre le travail simple et complexe.

— Un mécanisme de coordination de la dépendance entre les travaux privés : le temps de travail socialement nécessaire dépend aussi de la demande, le travail dépensé de manière privée doit produire une valeur d’usage sociale. Les valeurs d’usage produites doivent ainsi répondre à une demande de marchandise, et si seul le temps de travail socialement nécessaire est la source de la valeur, alors cette demande ne paraît pas jouer de rôle dans la détermination de la valeur du travail. Le rapport entre le travail dépensé de manière privée et le besoin auquel il doit répondre dépend de la demande quantitative existante pour ce besoin, et du volume de production des autres producteurs de cette marchandise — chacun des deux devient seulement visible dans l’échange. Ce mécanisme de régulation et de coordination consiste en la transformation de rapports de dépendance (entre branches notamment) en rapport de proportionnalité : dans la production marchande, les travaux sont dépensés indépendamment les uns des autres comme travaux privés. Toutefois, ces différents travaux sont matériellement dépendants les uns des autres car ils forment les branches de la division sociale du travail. Cette dépendance entraîne une proportionnalité déterminée des différents travaux. Les travaux dépensés dans le cadre de la division sociale du travail doivent être liés les uns aux autres dans un rapport quantitatif déterminé, une « mesure proportionnelle ». Dans la production marchande, cette mesure n’est cependant pas connue au moment de la production. Dans le « mouvement des choses » qui s’est autonomisé vis-à-vis des gens, c’est précisément cette proportionnalité des différents types de travaux singuliers, inconnue lors de la production, qui s’impose 23.

— Un mécanisme qui agit sur la nature et la quantité des biens produits. Ce mécanisme de régulation et de coordination modifie la production par une « prise en considération » par les individus en charge de déterminer la quantité et la nature des biens produits. Dans une société reposant sur la production marchande, la production est effectuée en vue de l’échange, cela ne signifie pas qu’avant l’échange, les produits possèdent déjà une objectivité de valeur. Marx exprime très précisément cet état de faits en écrivant que « le caractère de valeur des choses [est] donc déjà pris en considération dès leur production même ». Le caractère de valeur n’est pas déjà existant, il est « pris en considération ». Ceci modifie les attentes des capitalistes, eu égard à leurs connaissances du marché et aux conditions de production, ils s’attendent à ce que leurs produits puissent être échangés et à ce qu’ils aient une valeur d’une grandeur déterminée lorsqu’ils sont échangés.

Conclusion d’étape

Pour résumer, on peut souligner que Marx identifie que les conditions historiques de l’émergence du marché capitaliste sont l’existence de la propriété privée et la division sociale du travail. Les lois spécifiques de l’échange marchand permettent de répondre (de manière plus ou moins efficace) aux exigences liées à une production de marchandises par des producteurs privés, c’est-à-dire qui produisent sans savoir ce que les autres produisent et sans être jamais totalement assurés de pouvoir vendre ce qui est produit. Ces lois se trouvent au fondement de la possibilité-nécessité de l’extraction de surtravail (exploitation de la force de travail) par la personne faisant fonction de capitaliste, en vue de répondre de manière la plus efficace à la finalité spécifique au mode de production capitaliste : la valorisation maximale de valeur, sans fin, ni mesure.

Dans cette ultime version, le marché est une médiation qui en fait le seul « moment » de la véritable socialisation dans le mode de production capitaliste, en ce qu’elle n’a lieu qu’au travers de l’échange de marchandises. Il confère leur validité sociale aux diverses activités effectuées sous la forme de travail salarié au travers de la réalisation (par la vente) de la valeur dont la marchandise est potentiellement porteuse. Au-delà de ces caractéristiques globales, le marché se présente comme un triple mécanisme : 1) de fixation du rapport quantitatif entre les divers travaux concrets, 2) de coordination de la dépendance entre les travaux privés, 3) qui agit sur la nature et la quantité des biens produits. Autrement dit, le marché est un mécanisme de distribution automatique des biens et du travail qui pourrait être remplacé par une série d’actions conscientes des individus.

Par conséquent, si la critique marxienne du marché chez les économistes classiques s’avère centrale, il semble que dès que Marx en vient à émettre des pistes de réflexion sur ce que serait le socialisme 24, sa conceptualisation de cet objet théorique spécifique qu’est le marché retourne alors en amont du champ théorique qu’il a critiqué 25.

Les précautions interprétatives de l’exégèse et leurs conséquences

Les réflexions menées par les interprétations qui ont identifié ce noyau monétaire de la critique marxienne, n’avancent que les premiers éléments de définition d’une société sans marché. Ceci provient notamment d’une méthodologie de recherche propre à Marx qui adopte une position critique vis-à-vis des projets utopiques et des « bâtisseurs de systèmes ».

Les études sur le développement de l’oeuvre de Marx sont parvenues à identifier un noyau spécifique à la révolution scientifique que Marx opère par rapport au champ de l’économie politique. Cependant, pour ce faire c’est la dimension utopique de la réflexion de Marx qui est mise de côté, consacrant d’une certaine manière l’opposition entre « scientifique » et « utopique » héritée d’Engels. C’est avant tout par précaution que cette réflexion est honnie : il s’agit d’éviter de s’avancer sur les terrains glissants reposant sur de pures constructions conceptuelles en rupture avec les dynamiques réelles du capitalisme et des contradictions sociales qu’il génère.

D’une certaine manière, voici l’alternative face à laquelle nous nous trouvons :

« En partant d’une théorie monétaire de la valeur, on ne peut certes pas exclure la possibilité d’une planification sociale totale, mais l’immensité et la complexité des services de coordination et de réajustement qui seraient nécessaires devient également évident – services qui ensuite devraient être accomplis en des temps records. Si en revanche, l’on prend comme point de départ une théorie non-monétaire de la valeur, alors les problèmes de coordination rencontrés sont occultés par des conceptions simplifiées du marché 26. »

C’est précisément donc l’objet de cette recherche que de dépasser ces conceptions simplifiées du marché qui ont occulté une réflexion qui aurait du se nourrir de Marx pour avancer à partir des enjeux qu’il identifie. Pour dépasser ces conceptions très simplifiées, nous nous déplaçons dans le cadre très restreint de ce qu’il est permis de dire sur le communisme à partir de la critique marxienne de l’économie politique conçue comme théorie monétaire de la valeur :

« Dans les quelques remarques fondamentales sur le communisme que Marx fait sur la base de la critique de l’économie politique 27, deux choses apparaissent clairement. Premièrement, que la société communiste ne repose plus sur l’échange. Aussi bien la dépense de force de travail dans la production que la répartition des produits (tout d’abord leur utilisation en tant que moyen de production et de subsistance, et ensuite en terme d’utilisation des biens de consommation par les membres de la société) a lieu selon un plan établi consciemment par la société — donc ni par le marché, ni par l’État. Deuxièmement, il ne s’agit pas pour Marx d’une simple répartition quantitative différente de celle qui existe dans des conditions capitalistes (c’est surtout cette question de la répartition qui a été mise en avant par le marxisme traditionnel), mais il s’agit avant tout de l’émancipation d’un ensemble de connexions sociales qui s’est autonomisé et s’impose aux individus comme une contrainte anonyme. Ce qu’il faut dépasser, ce n’est pas seulement le rapport capitaliste en tant que rapport d’exploitation déterminé qui produit pour la majorité de la population des conditions de travail et de vie qui sont mauvaises et dangereuses, mais aussi le fétichisme qui « adhère » aux produits du travail dès qu’ils sont produits en tant que marchandises 28. L’émancipation sociale, la libération des contraintes produites par elles-mêmes et qui sont par conséquent non-nécessaires, est seulement possible lorsque les rapports sociaux qui produisent les différentes formes du fétichisme ont disparu. C’est seulement à ce moment-là que les membres de la société peuvent régler et former leurs relations sociales véritablement par eux-mêmes, réunis en une « association d’hommes libres » 29. Il s’agit pour Marx de cette émancipation générale et non d’une pure question de répartition 30. »

Afin d’avancer vers une réflexion posant les jalons du socialisme sans marché, il sera donc nécessaire de retracer l’évolution de la critique de l’utopisme par Marx.

La perspective retenue à partir de la réflexion de Marx soumet toute réflexion sur la société socialiste à l’analyse des « contradictions du capitalisme ». L’opposition artificielle entre rationnel et utopique qui est sous-tendue est aussi insatisfaisante que l’injonction à s’en tenir aux contradictions du capitalisme. Si en effet, Marx affirme que c’est de ces contradictions que pourra naître une autre société, force est de constater que ces contradictions (entre les différentes formes de capital, entre production de plus-value relative et absolue, entre classes sociales, etc.) constituent en réalité bien plutôt le moteur d’un système de production qui repose intrinsèquement sur la crise et la résolution (temporaire, certes) de crises générées par ces contradictions. Il apparaît que le changement de rôle et de fonction du marché dans la conceptualisation du capitalisme par Marx est directement lié à l’évolution de la définition de sa nature et de ses spécificités. Or nous l’avons vu, les conceptions de Marx retombent dans une conception pré-monétaire de la valeur quand il s’agit de penser le socialisme, en tant que dépassement-négation de ce mode de production. Se concentrer sur la seule notion de marché ne permet pas de poser avec certitude ce que devrait être une rupture puisque ce champ de questions relève de ce qui n’est pas, c’est-à-dire de l’utopique.

Si Marx a débuté ses réflexions (contre Proudhon, Fourier, et plus tard, Owen par exemple) par une critique des utopies, il a circonscrit ses réflexions à la saisie conceptuelle de ce qui est, ce qui paraît et les dynamiques entre ces deux pôles. Les débats relatifs à la nature normative de la critique marxienne permettent de circonscrire plus clairement ce que le geste de Marx n’est pas et à quel niveau il est possible d’en extraire une projection proprement utopique 31. La critique de l’économie politique ne résoud pas seulement le problème scientifique d’une explication adéquate de la plus-value, elle possède aussi un côté immédiatement politique en ce qu’elle montre qu’une critique morale du capitalisme, ainsi que des conceptions socialistes fondées sur un socialisme de la petite production marchande sont des représentations prisonnières de l’apparence sécrétée par le mode de production capitaliste lui-même. C’est cette dimension politique qu’il s’agit à présent d’enrichir.

Conclusion : réunir science et utopie à partir d’une théorie monétaire de la valeur

Dans cette perspective, les interprétations portées par Maximilien Rubel sur « l’utopie rationnelle » de Marx pourront être poursuivies et alimentées par le matériau réuni lors de la réflexion sur les implications du caractère monétaire de la théorie marxienne de la valeur sur la notion de marché.

Le terme d’utopie renvoie à des cadres de débats politiques différents selon les époques. Associée à la rêverie libérée des brides du réel, elle deviendra progressivement synonyme de cauchemar de destruction paré de termes humanistes pour nous laisser comme héritage l’impératif d’une vigilance aiguë à ce qui semble ouvrir la boîte de Pandore de ce que l’être humain a de plus vil.

Au cours de son exégèse du texte marxien portée notamment par le projet d’édition des œuvres de Marx à la Pléiade 32, Maximilien Rubel met à jour qu’il est bien moins « scientifique » que ce que l’on voudrait nous faire croire. C’est que Maximilien Rubel poursuit avec son projet de publication une intention politique, qui consiste à s’opposer à la domination léniniste du marxisme à son époque, et il identifie alors des motifs passés sous silence dans le corpus marxien relatifs à une « éthique socialiste » qui permet de disqualifier tout projet politique se revendiquant de Marx s’il a évacué ce questionnement. Réhabilitant ainsi la dimension « utopique » du projet politique de Marx, Maximilien Rubel identifie en parallèle un rationalisme dont il est inséparable.

C’est seulement dans peu de ses écrits que l’on trouvera des précisions apportées sur ce thème. On trouve cependant des pistes de réflexions qui vont justement dans le sens d’une théorie partant de la conception du socialisme comme société sans marché dans un livre paru en anglais ayant pour titre Non-market socialism. Maximilien Rubel et John Crump rappellent que parler de « Non-market socialism » est tout d’abord un pléonasme, puisque par définition le socialisme est une société sans marché. Cela signifie seulement que l’un des aspects du socialisme est souligné puisque le socialisme est sans classes, sans Etat, sans monnaie, sans salaire, etc. En soulignant un critère, il ne s’agit pas de réduire le socialisme à celui-ci, par la caractéristique de l’absence de marché, ou d’une économie de marché. Le marché ne peut pas exister avec le socialisme puisque cela signifie que la société possède et contrôle les moyens de production et les biens qui résultent de l’activité productive. Pour exister, le marché supopose qu’une section (individu, classe, coopérative, etc.) a le contrôle sur une partie de ce qui est produit.

Se concentrer sur cet aspect permet de marquer la différence entre la capitalisme et le socialisme. Dans la théorie, Marx est le seul a avoir apporté les fondements d’un socialisme sans marché, mais dans le même temps, la pratique adoptée par les mouvements « marxistes » a été celle d’une pratique de transition « réaliste » parce qu’elle est déterminée par les interactions entre le développement des forces productives et du développement de la conscience de classe du prolétariat. Face à cet héritage et à la nature du geste marxien, les auteurs affirment qu’il est nécessaire de maintenir la tradition de l’utopie rationnelle que l’on trouve chez Marx.

Cependant, ce livre apporte un cadre général qui induit que l’absence de marché est l’une des caractéristiques fondamentales de l’utopie rationnelle de Marx. Nous avons cependant vu que le concept de marché chez Marx est fluctuant et dense, de telle sorte que sans avoir identifié le caractère monétaire de la théorie marxienne de la valeur, il n’est pas possible d’en dégager les éléments qui appartiennent encore au champ de l’économie politique qu’il cherche à dépasser. C’est seulement en articulant l’intention utopique rationnelle de Maximilien Rubel et le contenu positif provenant de la théorie monétaire de la valeur que nous pouvons donc parvenir à une définition plus précise de ce que pourrait être le socialisme sans marché en tant qu’utopie rationnelle.

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1Par exploitation nous entendons un rapport social d’extraction de surtravail mesurable objectivement et non une catégorie morale.

2Nous choisissons le terme d’« organisme » en référence à son utilisation faite par Marx dans le Capital, p. 91 et qui permet d’éviter d’utiliser le terme d’« organisation », qui implique de manière implicite l’existence d’un plan, et se distingue ainsi difficilement de la « planification » ; il permet également d’éviter le terme de « mode de production » dont il n’y a rien d’évident qu’il soit identifiable au communisme, ceci présupposant que la production existe encore.

3Voir au sujet du fétichisme de la marchandise l’ensemble des contributions issues du courant dit de la Critique de la valeur, au sujet de la dialectique, dernièrement Bertell Ollman, concernant la nature, les ouvrages de Kohei Saïto, La nature contre le capital, Paul Gullibert Terre et capital, ou encore les travaux de Andreas Malm, et enfin sur l’État, Antoine Artous, et al., Nature et forme de l’État capitaliste, Syllepse, 2015.

4Kautsky, Karl (1924). « The Economic Revolution ». The Labour Revolution. Ruskin House, 40 Museum Street, W.C.1.

5Isaak I. Roubine, Essai sur la théorie marxienne de l’argent, Syllepse, 2022.

6Le « socialisme de marché » (Brus & Laski 1989, Nove 1983), les marchés socialisés (Blackburn 1991, Elson 1988), le partage du profit (Weitzman 1984), le « populisme japonais » ou le communisme de compétition (Blinder 1992), la démocratie économique (Schweickart 1992, Ellerman 1990, Bowles & Gintis 1986), le revenu universel (van der Veen & Van Parijs 1986), la propriété publique (Roemer 1988), les structures de classe communales (Biewener 1990, Resnick & Wolff 1988, Ruccio 1986), et les coopératives (Elster 1989).

7Même si les liens nécessaires entre ces catégories n’apparaît plus forcément de manière évidente dans la quatrième édition du Capital, en particulier le passage de la forme-monnaie à la forme-capital.

8Cockshott, Paul (2008). « Calculation in-Natura, from Neurath to Kantorovich ». p. 12.

9Pour des reconstructions classiques voir Karl Korsch, Les trois sources du marxisme, Ernest Mandel, La formation de la pensée économique de Karl Marx par exemple. Nous suivons ici l’hypothèse de reconstruction de la pensée de Marx notamment soutenue par Michael Heinrich par exemple dans La Science de la valeur et Critique de l’économie politique.

10Pour l’objet qui nous intéresse ici, puisque la critique marxienne relève également les mêmes présupposés dans l’historiographie, la philosophie et les thèses soutenues par les économistes.

11L’analyse de la forme-valeur a lieu dans le Capital dans l’imposante troisième sous-section du premier chapitre (Karl Marx, Le Capital, Livre I, op. cit., p. 53-81).

12Hans-Georg Backhaus, Dialektik der Wertform, Freiburg, Ça ira, 1997 et Helmut Reichelt, Zur logischen Struktur des Kapitalbegriffs bei Karl Marx (1970), Freiburg, Ça ira, 2001.

13Il convient ici de préciser que nous avons conscience des limites et des dangers qu’il y a de considérer la production ultérieure comme « résultat » selon une approche téléologique du développement d’une pensée, faisant de l’ensemble des écrits antérieurs la préparation de l’analyse « finale ». Ces analyses « résultent » pourtant bien du contact intensif de Marx avec les écrits des classiques et la réalité sociale de son époque.

14Voir par exemple, Misère de la philosophie (1847), Pléiade, Economie I, p. 110 sq. : « M. Proudhon commence par défendre la nécessité éternelle de la concurrence… [cherche à] prouver la nécessité de la concurrence, son éternité comme catégorie. ».

15Karl Marx, Manuscrits de 1857-1858 dits « Grundrisse », op. cit., p. 217.

16« La concurrence en général, cet agent locomoteur essentiel de l’économie bourgeoise, n’établit pas ses propres lois, mais en est l’exécuteur. C’est pourquoi la concurrence illimitée n’est pas la condition de la vérité des lois économiques, mais au contraire sa conséquence : la forme phénoménale où se réalise leur nécessité », Grundrisse, II.1.2/448 ; Grundrisse, p. 512.

17« …de manière extérieure et arbitraire […] qui ne les pose pas comme étant elles-mêmes des développements du capital, mais comme des présuppositions pensées du capital », ibid., p. 454 ; ibid., p. 517.

18« Sur le plan conceptuel, la concurrence n’est rien d’autre que la nature interne du capital, sa détermination essentielle apparaissant et étant réalisée comme action réciproque des différents capitaux ; c’est la tendance interne du capital apparaissant comme une nécessité externe », II.1.2/326 ; ibid., p. 375. Ou plus loin » « La concurrence rend manifestes les lois internes du capital ; elle en fait des lois obligatoires pour le capital pris individuellement, mais elle ne les invente pas. Elle les réalise. Donc, vouloir expliquer ces lois simplement à partir de la concurrence, c’est avouer qu’on ne les comprend pas. », ibid., p. 625 ; ibid., p. 708.

19Karl Marx, Manuscrits de 1857-1858 dits « Grundrisse », op. cit., p. 217.

20Karl Marx, Le Capital, Livre I, op. cit., p. 43.

21Dans le manuscrit retravaillé de la première édition, on trouve à la suite de ce passage une phrase que Marx a également reprise dans la traduction française : La réduction des différents travaux privés à cette abstraction de travail humain identique ne s’accomplit que par l’échange, qui met effectivement sur un pied d’égalité les produits de travaux différents, MEGA, II/6, p. 41.

22Karl Marx, Le Capital, Livre I, op. cit., p. 50.

23Marx écrit : « dans la contingence et les oscillations constantes des rapports dans lesquels s’échangent leurs produits[,] le temps de travail socialement nécessaire à leur production s’impose par la force comme loi naturelle régulatrice. » (p.86)

24Nous utilisons ici « socialisme » sans égard pour les distinctions qui peuvent avoir eu cours concernant une différence avec le « communisme », à partir notamment de la Critique du programme de Gotha. Nous entendons par socialisme un organisme de production social dans lequel il n’y a ni marché, ni État, ni monnaie, ni classes, autrement dit, dans lequel ne règne ni la loi de la valeur ni ses prémisses.

25Voir à ce sujet chez Marx, à partir de 1857, La critique du programme de Gotha, dans une certaine mesure, Le Capital, section 1, sous-section 4 ; pour un aperçu des débats ayant été provoqué par cette ambivalence lors des réflexions de Marx sur la société socialiste, voir Michael Heinrich, La Science de la valeur, 1999, p. 385 sq. Notons dès à présent que ce débat a été fortement marqué par les contributions d’Engels qui ont connues une bien plus large diffusion dans le mouvement ouvrier que celles de Marx. Nous reviendrons plus loin sur ces notions.

26Michael Heinrich, Die Wissenschaft vom Wert, p. 312.

27Voir Karl Marx, Le Capital, Livre I, p. 90 sq. ; Le Capital, Livre III, op. cit., p. 742 ; Gloses marginales sur le programme de Gotha, op. cit., p. 1417-1418.

28Karl Marx, Le Capital, Livre I, op. cit., p. 83.

29Karl Marx, Le Capital, Livre I, op. cit., p. 90.

30Michael Heinrich, Critique de l’économie politique, Smolny, 2021.

31Très tôt déjà il avait dévoyé la « critique moralisante » . Voir par exemple La critique moralisante et la morale critique, MEW t. 4, p. 331 sq ; Oeuvres III, Philosophie, Paris, Gallimard, 1982, p. 747 sq., . Klaus Hartmann a affirmé que Marx ne pouvait ainsi pas concevoir la production marchande comme une libération de la nécessité naturelle parce qu’il la confronterait à un modèle anthropologique idéal. Et parce que Marx ferait dériver de manière linéaire toute sa théorie à partir de ce « commencement péjoratif », l’ensemble de la réalité capitaliste apparaîtrait donc comme « péjorative » (Hartmann, 1968, S. 18, 20 f., de manière plus complète, 1970, en particulier, S. 405 sq.). Ernst Michael Lange s’est évertué à prouver que le concept marxien de fétiche de la marchandise et de la monnaie reposerait sur des présuppositions normatives concernant la manière dont la société humaine doitêtre conçue (Lange, 1978, S. 25). Andreas Wildt estime que contrairement à ce qu’il croit, Marx ne parvient pas à réaliser sa critique de l’économie politique sans avoir recours à des représentations normatives (Andreas Wildt, 1986, S. 161.).

32Lire au sujet de cette histoire, Maximilien Rubel, éditeur de Marx dans la Bibliothèque de la Pléiade (1955-1968), Aude Le Moullec-Rieu, 2015.


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