To be radical is to grasp the root of the matter. But, for man, the root is man himself.

Film: Mis Hermanos, Chili, 2024

Dans ce film, des adolescents emprisonnés dans une prison isolée dans la montagne au Chili expérimentent les puissances et les dangers du collectif. Nous sommes témoins de vies emprisonnées, réduites, soumises à un cadre qui suscite colère et révolte, sans pour autant parvenir à détruire tous les enfants et adultes en devenir. Si ce sont les individus qui sont broyés, les liens peuvent autant devenir la seule voie possible de ne pas sombrer.

Mais ces liens, voici ce qui peut précisément aussi être ce qui est détruit par le système carcéral. Si ces liens, et la puissance du collectif et la confiance qui grandit dans ce cadre sont alors renforcés, c’est bien la perversion du système carcéral qui surgit: les logiques à l’œuvre poussent, indépendamment des personnalités des geôliers à condamner celles et ceux qui ont enfin repris confiance dans le collectif, et en un certain sens, dans l’autre et la société. On voit de quelle manière on en vient avec une déconcertante continuité à les condamner parfois à mort. Parce que si c’est une profonde réhabilitation des individualités qui a ainsi lieu, c’est aussi la manière dont les prisonniers peuvent s’échapper des griffes de leurs geôliers.

Ce film rend vie par les ombres, les chants, les scènes intimistes, les effleurements, les regards, les doutes, les cris, les hésitations et les instants suspendus. Il fait ressentir autant la dissolution du temps que l’intensité des instants.

Nous sommes témoins de ces rêves brisés avant même d’être rêvés. Du désespoir qui transpire.

C’est un film juste parce qu’il parvient à faire accéder au ressenti et aux dilemmes qui se présentent aux protagonistes. Un film juste ne rajoute rien à cela et n’y enlève rien. Il se met au diapason de son sujet. C’est un film qui ne glorifie rien ni personne. Qui montre ce qui est, et nous renvoie sans ménagement dans notre réalité, qui parait alors grandie d’avoir saisi un petit quelque chose. Dans ce cas, de la perversion du système carcéral, et de l’abjection absurde et insensée qu’il y a d’enfermer des enfants, et s’il le faut, puisque selon cette logique, il le faut, de les mettre à mort.

Un film beau se saisit des moyens cinématographiques pour donner une profondeur et une cohérence esthétique à son sujet. Le son, la photographie, la caméra, doit porter à un autre niveau le ressenti qui est l’objet du film. C’est précisément ce à quoi parvient ce film, en à peine 90 minutes. Un exploit.

Enfin, c’est un film puissant parce qu’il fait vivre ce que c’est que de se précipiter dans l’inconnu en ne comptant que sur les autres. Puissant, parce qu’il emploie les moyens cinématographiques pour aménager le rythme à même de rendre la puissance qui se dégage des scènes et des acteurs. Puissant parce qu’il donne faim d’agir et de se rassembler, pour éprouver ces liens qui nous rendent forts et peuvent, pour cette raison, nous détruire.

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